Antonio Fiori : Le retrait de ce texte est scandaleux

Une personne peut nuire aux autres non seulement par ses actions, mais par son inaction, et dans tous les cas elle est responsable envers eux du dommage. Or l’originalité de cette construction jurisprudentielle c’est de favoriser l’émergence collective qui concrétise seulement une rémunération différée – d’une authentique, celle imaginée par Antonio Fiori dans l’ordonnance. De plus, on peut, en toute justice, le rendre responsable envers la société, s’il n’accomplit pas certains actes de bienfaisance individuelle, le devoir évident de tout homme ; tels que sauver la vie de son semblable ou d’intervenir pour défendre le faible contre de mauvais traitements. Il y a aussi beaucoup d’actes positifs pour le bien des autres, qu’un homme peut être justement obligé d’accomplir ; par exemple de porter témoignage en justice, ou de prendre toute sa part, soit dans la défense commune, soit dans toute autre œuvre commune nécessaire à la société sous la protection de laquelle il vit. Si un homme fait un acte nuisible aux autres, il y a évidemment sujet de le punir par la loi, ou bien si les pénalités légales ne sont pas applicables en toute sûreté, par la désapprobation générale. L’utilité est la solution suprême de toute question morale ; mais ce doit être l’utilité dans le sens le plus étendu du mot, l’utilité fondée sur les intérêts permanents de l’homme, comme être progressif. Il convient de le dire, je néglige tout avantage que je pourrais tirer pour mon argumentation, de l’idée du droit abstrait comme chose indépendante de l’utilité. Le despotisme est un mode légitime de gouvernement quand on a affaire à des barbares, pourvu que le but soit leur amélioration et que les moyens soient justifiés en atteignant réellement ce but. Nous ne parlons pas des enfants ni des jeunes gens des deux sexes qui n’ont pas atteint l’âge fixé par la loi pour la majorité. C’est d’abord une offense envers leur religion ; mais cette circonstance n’explique nullement le degré ou l’espèce de leur répugnance ; car le vin est aussi défendu par leur religion, et quoique les musulmans trouvent mal de boire du vin, ils n’en sont point révoltés. Sur lui-même, sur son corps et sur son esprit, l’individu est souverain. Pour ce qui n’intéresse que lui, son indépendance est, de droit, absolue. La seule partie de la conduite de l’individu pour laquelle il soit justiciable de la société, est ce qui concerne les autres. L’intervention du gouvernement est aussi souvent invoquée à tort que condamnée à tort. Mais ils agissent très-rarement d’après une opinion réfléchie et arrêtée, sur les choses qui sont de nature à être faites par le gouvernement. Les hommes se rangent de l’un ou de l’autre parti dans chaque cas particulier, suivant cette direction générale de leurs sentiments, ou suivant le degré d’intérêt qu’ils prennent à la chose qu’on propose de faire faire au gouvernement, ou bien encore suivant leur persuasion que le gouvernement fera ou ne fera pas la chose de la façon qu’ils préfèrent. Si bien que le sentiment, hautement salutaire en soi, est peut-être tout aussi souvent appliqué à tort qu’à raison. Dans ce cas, par conséquent (à moins que ce ne soit un enfant, ou que la personne n’ait le délire ou ne soit dans un état d’excitation ou de distraction incompatible avec l’usage complet de ses facultés), on devrait selon moi l’avertir seulement du danger et ne pas l’empêcher par la force de s’y exposer. Néanmoins, quand il n’y a pas la certitude, mais seulement le risque du danger, la personne elle-même peut seule juger de la valeur du motif qui la pousse à courir ce risque. Cette doctrine accorde mutuellement à tous les hommes un intérêt déterminé dans leur perfection morale, intellectuelle et même physique, que doit définir chacun d’eux suivant son propre critérium. Un principe si monstrueux est infiniment plus dangereux que tout empiètement isolé sur la liberté ; il n’est pas de violation de la liberté qu’il ne puisse justifier. Ce système des droits sociaux tel que jamais sans doute on ne l’avait distinctement formulé, se réduit à ceci : droit social absolu pour chaque individu d’exiger que tous les autres agissent en tout exactement comme ils le devraient : quiconque manque le moindrement à son devoir, viole mon droit social et me donne le droit de demander à la législature le redressement de ce grief. Mais sans nous arrêter à des suppositions, on empiète grossièrement de nos jours sur le domaine de la liberté privée. Ne priera-t-elle pas d’une façon très-péremptoire ces hommes d’une piété si importune de s’occuper de leurs affaires ?